Après plusieurs mois de silence, je reprends aujourd’hui la diffusion de mes chroniques. Chroniques dont la rédaction avait débuté sept jours seulement après le séisme du 12 janvier 2010, rédaction qui s’est poursuivie pendant presque deux ans, chroniques qui seront bientôt disponibles en librairie sous le titre « Haïti, courriers post-sismiques ; traumas, débris et labyrinthes ». J’espère peut-être que j’aurai encore à publier cette nouvelle série dénommée cette fois-ci « Courriers d’Haïti… »  

Courriers D'haïti


* Les grandes manoeuvres troisième partie / l'insécurité

Paru le:2015-03-26

je m’excuse de n’avoir pas pu livrer cette troisième partie de ma chronique concernant l’insécurité dans le délai que j’avais promis. Mais, à bien regarder, c’est une mauvaise chose pour une bonne. En effet, les événements s’animent d’une dynamique en expansion ; du temps était donc nécessaire pour mieux cerner la problématique. Et même, vu les méandres et l’imbroglio, j’aurais peut-être pu retarder encore cette chronique si ce n’est justement la promesse que j’avais faite de revenir rapidement à la charge.

La presse a longuement relaté les nombreux crimes et faits odieux commis. Assassinats de simples passants, d’élèves, d’entrepreneurs, de professionnels… Il y en a des retentissants, politiques, comme celui d’Oriel Jean, ancien chef de la sécurité au palais national sous la présidence de Jean-Bertrand Aristide, « drug dealer » arrêté, puis relâché par la DEA… Il y a les nombreuses attaques contre les couvents et l’Eglise catholique (une quarantaine en tout) où des religieuses sont violées, des prêtres malmenés, battus et laissés pour mort, des calices et objets de culte emportés au grand dam du cardinal Chibly Langlois… [Sous forte pression de l’Eglise catholique probablement, la police nationale, pour calmer les esprits, vient d’exhiber sur les petits écrans, une demi-douzaine d’individus qui feraient parti d’un gang spécialisé dans l’attaque des couvents. Ces énergumènes prétendent que les religieux sont des proies faciles pour eux puisque sans défense. On ne peut être dupe puisque ; c’est bien la première fois que l’on voit des bandits s’auto-accusés de la sorte surtout que le butin reste maigre pour ne pas dire inexistant, exceptés bien sûr les objets de culte, les viols et les bastonnades en règle de religieux. Remarque qu’il n’y pas non plus d’enlèvements. Mise en scène de mauvais gout devant donc probablement servir à cacher les vrais mobiles…] Il y a pourtant des ougan qui sont massacrés à la machette dans le Sud du pays, mais personne n’en parle vraiment.

Des tueries entre gangs à Cité Soleil qui paradoxalement éclatent lors d’un concert pour la paix du groupe rap Rockfam. Il y a cette étonnante opération-excrément où des sachets remplis de cette matière fétide sont saupoudrés sur la route nationale no 2 pendant des kilomètres, de morne Tapion à Saint-Michel du Sud. Opération qui, quand on y réfléchit un peu, pose des problèmes logistiques épineux (commande – collecte – empaquetage - distribution de la marchandise…) preuves du caractère très professionnel de la démarche… Des émeutes de prisonniers comme à Jacmel. Mais il y a aussi (toujours à Jacmel par exemple) les groupes rivaux qui se dressent l’un contre l’autre à l’approche des élections ; ceux des anciens sénateurs Zenny et Lambert contre ceux d’un nouveau candidat du nom de Caroly qui lui aussi rentre dans la course de manière très fracassante…

La police nationale d’Haïti multiplie les déclarations de guerre contre les « bandits ». Michel Martelly demande à la Minhusta de ne pas laisser le pays et même de renforcer sa présence à l’approche des élections. Sandra Honoré de cette même Minhusta se déclare préoccupée par la situation très fragile qui règne en Haïti et prédit un processus électoral « complexe » qui risque d’amener des troubles. D’autres porte-paroles de l’OEA déclarent « scandaleux » le fait que plus de 190 partis politiques se soient inscrits aux élections. Pierre-Louis Opont, avait lui déjà admis avant même qu’il soit nommé Président de l’actuel CEP que les résultats des présidentielles de 2010, était faux ; il sait de quoi il parle puisqu’il n’était pas moins que le Directeur de ce CEP d’alors. Même Jose Miguel Insulza, président sortant de l’OEA, qui paradoxalement revient lui aussi sur le terrain pour ces mêmes questions électorales, se référant bien évidement aux mêmes manipulations de résultats, avoue que l’OEA avait causé beaucoup de « torts » aux élections de 2010. (Les mêmes hommes produisent-ils les mêmes effets ? Et pourquoi fait-on de nouveau appel à eux ? Décidément ces gens-là savent des choses que nous ignorons…)
Ainsi, la marmite est en ébullition, il nous faut un peu de recul pour tenter de voir plus clair. Mais nous reviendrons à la charge pour des détails un peu plus scabreux.

Il y a insécurité et insécurité
L’insécurité ne se mesure pas à l’aune des crimes par habitants, sinon Haïti serait un pays relativement sécuritaire par rapport à ses voisins. L’insécurité est une perception, un climat qui s’obscurcit lorsque la population ne fait pas confiance aux structures répressives, que les crimes restent impunis et la corruption à son comble. Et sur ce plan, Haïti est dans le peloton de tête : police la plus corrompue, faiblesse de la chaine pénale et en particulier des prisons aux portes entrebâillées, impunité, corruption de la Justice, trafic de stupéfiants et contrebandes de toutes sortes, évasion fiscale, petite et grande corruption qui sévissent à tous les échelons y compris au palais national.

L’insécurité revêt plusieurs formes. C’est d’abord les crimes « usuels » pourraient-on dire : les vols de proximité, les crimes passionnels, les viols, les règlements de compte suite à une altercation … Ensuite ; les « crimes collectifs » : lynchages, « déchouquages », les violents mouvements de foule qui ne sont pourtant pas considérés comme tels mais font parties intégrantes du climat d’insécurité. Il y a aussi les crimes commis par les réseaux de malfaiteurs-mafieux dont le but est de subtiliser de l’argent ou de contrôler des territoires : vols, enlèvements, braquages systématiques, règlements de compte entre gangs rivaux… Il y a les petites et les grosses associations de malfaiteurs qui d’ailleurs forment un réseau hiérarchisé. Il y a des crimes et méfaits à caractère sacrificiel et/ou magique qui sont très courant en période pré-électorale, comme les attaques de communautés religieuses et les poudrages de matières excrémentielle auquels on a déjà assisté, et les crimes crapuleux, sur les enfants notamment, avec décapitation et arrachage d’organes internes qui ne vont pas tarder. Il y a des forfaits à caractère subversif, terroristes dont le but est donc de terroriser la population et rendre impossible toute régularisation de la vie sociale. En fait c’est le cas d’Haïti depuis 1986, c’est l’œuvre des grands groupes mafioso-politiques parfois lié à l’internationale (CIA et Co) eux qui ont intérêt à ce que les ténèbres luisent puisque c’est dans ce milieu grouillant et fangeux que se nourrit cette mafia et c’est ce même climat de terreur qui tient le peuple en laisse. Il y a les assassinats ciblés, directement politiques, comme celui de Jean Dominique et celui tout récent d’Oriel Jean œuvres de super-professionnels.

Faut pas passer sous silence les persécutions de masse perpétrées par des Etats étrangers contre les Haïtiens. C’est le cas des dénaturalisations de descendants d’Haïtiens en République dominicaine (véritable épuration ethnique par des moyens soi-disant légaux) et de la déportation attendue de plusieurs dizaines de milliers d’entre eux déjà prévue pour le mois de juillet. [On sait que les Dominicains tentent d’agir sur la situation interne du pays à travers cette arme redoutable qu’est l’expulsion.] C’est le cas de déportations illégales d’Haïtiens venant de Bahamas et celle d’américains d’origine haïtienne reconnus coupables pour des crimes commis en territoire américain…

Assassinat d’Oriel Jean, à qui profite le crime ?
Parmi les crimes de ces derniers jours celui d’Oriel Jean défraie la chronique. Une fois assassiné, le journaliste Guyler C. Delva, ancien porte-parole du régime en place et qui semble s’être mué en porte-parole du parquet de Port-au-Prince dans le dossier de l’assassinat de Jean Dominique, fait diffuser sur les ondes une interview d’Oriel dans lequel celui-ci accuse nommément Jean-Bertrand Aristide de complicité dans le meurtre du journaliste d’Haïti-inter Jean Dominique. Guyler C, Delva prétend ainsi qu’Oriel était prêt à témoigner contre le neuronnant de Tabarre et c’est justement pour cela qu’il a été assassiné. Pourtant Jean-Bertrand Aristide a déjà un mandat d’amener contre lui entre les mains de la police depuis plusieurs mois, mandat qui jusqu’à présent n’a pas été exécuté !

Alors qui a intérêt à assassiner un témoin à charge qui avait déjà témoigné contre l’ancien prélat (on en a pour preuve l’enregistrement de Guyler C. Delva) alors qu’il y a déjà un mandat non-exécuté contre Jean-Bertrand Aristide ? Essaie-t-on de faire rebondir le dossier d’Aristide alors que le peuple est convoqué en ses comices et que Lavalas vient de s’inscrire dans la course ? Comme de fait, Louis Gérald Gilles ex-sénateur lavalas est convoqué (le 24 mars) au parquet par Lamarre Belizaire pour répondre aux questions soulevées dans le rapport de Paul Denis (couvrant la période 2001-2004) de l’administration d’Aristide et qui met en cause nombre de militants de ce parti. Comme de fait, le docteur Louidor de lavalas est lui aussi convoqué pour avoir tenu sur les ondes des propos « embarrassants » pour M. Delva à propos de la diffusion de l’interview d’Oriel Jean et des circonstances de cette interview. Comme de fait, des arrestations sont opérées à la sortie du local de la formation Pitit Dessalines de Moise Jean-Charles alors que la police recherche activement, dit-elle, des individus qui seraient complices dans l’assassinat d’Oriel Jean et qui se trouveraient à l’intérieur du local de ce parti dans lequel elle n’a pas pu pénétrer faute de mandat adéquat…. Alors si vraiment on voulait mettre la main au collet de ces bandits pourquoi ne s’être pas muni de mandats en bonne et dû forme (ce qui n’était pas le cas) ou bien pourquoi s’y être pris si maladroitement ?

C’est clair, on essaie de contrarier la participation de ses formations aux élections. Pendant ce temps, la femme de Michel Martelly, Sophia, (sur qui circule des rumeurs de candidature probable à la Présidence) de même que son fils Olivier sont déclarés, par un juge et par devant un tribunal, non-coupables des actes de corruption que les avocats du peuple Newton Saint-Juste et André Michel les avaient formellement accusés.

Autres points à venir…
D’autres points litigieux liés au même climat d’insécurité, surgissent, telles les décharges pour les candidats anciens gestionnaires des deniers publics. La cour des compte semble être dans l’embarras surtout qu’elle vient elle-même d’être prise en flagrant délit de corruption quand Nonie Henriette Mathieu son ancienne présidente est accusée publiquement (par le RNDDH de Pierre Lesperance) d’avoir empoché 37 millions de gourdes pour l’achat de matériels informatiques qui n’ont jamais été livrés à l’institution. A la conférence d’hier donnée par la cour supérieure des comptes où elle brillait par son absence, Fritz Robert Saint-Paul, l’actuel président, dit attendre la décision des institutions chargées d’enquêter sur les cas de corruption, présumée ou confirmée, dans le pays. Sous-entendu le rapport sur ce délit a été acheminé à l’UCREF (Unité de lutte contre la corruption et la fraude).

Alors on demande aux fraudeurs d’auditer des fraudeurs… On attend donc la suite.

Je clos donc malheureusement, mais temporairement cette série de chroniques car toutes ces questions sont sur le tapis et évoluent d’heure en heure. Alors à bientôt et « tête droite », enfin, sur les élections.
Claude Carré !


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